Flaubert dans la ville

5. Rue Eau-de-Robec

L’ESSENTIEL

Le regard des artistes contemporains

« L’échappée belle », Céline Tanguy

Sculpture en grillage, papier mâché, enduit d’extérieur, recouverte d’un vernis hydrofuge.
Création lumière : Sylvain Girves
Création Sonore : Marike Gilles
Mise en voix du texte de Céline Tanguy par Céline Tanguy et Pierre Legrand (G. Flaubert)
Support logistique : Simon Hagnere

Cliquez sur le lecteur audio ci-dessous pour écouter la bande sonore jointe à l'œuvre de Céline Tanguy

« Rencontres urbaines », Gaspard Lieb

Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs (visibles sur la place devant Le Son du Cor, au 221 Rue Eau de Robec).

« Têtes 2015 », Jennifer MacKay

Suspensions dans les arbres, 8 heures par tête (moulage, cerclage fil de fer, filage), 5 torchons lin et coton, 400 mètres de fil polyester rouge, 1500 mètres de fil de laine rouge (visibles sur la place devant Le Son du Cor, au 221 Rue Eau de Robec).
Remerciements aux deux mains, au flegme et à la bonne humeur de Léonard Coustham, élève aux Beaux-Arts de Rouen en stage à l’atelier pendant la réalisation des « Têtes ».

La pérennité du patrimoine flaubertien

Du côté de la réalité

Flaubert mentionne cette rue dans une lettre à Louis Bouilhet, envoyée de Constantinople le 14 novembre 1850. Il pense alors à trois sujets de romans pour son retour à Croisset. L’un de ces sujets concerne son « roman flamand de la jeune fille qui meurt vierge et mystique entre son père et sa mère, dans une petite ville de province, au fond d’un jardin planté de choux et de quenouilles, au bord d’une rivière grande comme l’Eau de Robec. » Après transformation, ce sujet deviendra Madame Bovary.

Du côté de la fiction

Cette rue est mentionnée une fois, dans le chapitre 1 de la première partie de Madame Bovary. Pendant ses études de médecine, Charles loge dans un quartier alors misérable, occupé par les tanneurs de la ville : « la rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles ».

EN SAVOIR PLUS

Du côté de la réalité

Le Robec a été canalisé à partir de l’eau d’un marais afin de disposer à Rouen d’une énergie régulière et bon marché. Des moulins hydrauliques ont donc été créés le long de la « rivière de Rouen » dès le xe siècle. Des moulins à farine, à foulon, à papier, à huile et autres s’installèrent donc tout le long du Robec. L’eau étant aussi nécessaire à la fabrication des fibres textiles pour laver, rincer, apprêter et teindre, de nombreuses industries textiles s’établirent ici. Avec l’industrialisation en 1815, de nouveaux moulins furent encore créés et d’anciens moulins furent convertis en filatures ou fabriques d’indiennes. Vers le milieu du xixe siècle, on dénombrait une quarantaine d’usines sur les dix kilomètres que comptait le Robec. Les rives étaient donc saturées, ce qui entraîna la disparition de beaucoup d’ateliers et la spécialisation des activités le long du Robec sur le tissage après 1850. Les activités textiles eurent beaucoup de mal à survivre face à la concurrence de sites mieux adaptés sur des rivières plus abondantes, comme celle de Cailly. Cependant, le Robec continua à couler en ville à ciel ouvert jusqu’au début de la seconde guerre mondiale
La rue Eau-de-Robec, réhabilitée dans les années 1970, est l’une des rues les plus pittoresques de Rouen. Les ponts dont parle Flaubert dans Madame Bovary ont été reconstitués. Les greniers-étentes permettent d’imaginer l’activité intense de ce quartier, même si le ruisseau qui coule aujourd’hui dans la rue qui porte son nom ne correspond pas à celui d’autrefois
De très belles maisons à pans de bois, elles aussi représentatives d’une architecture sur l’eau, subsistent encore, comme la grande maison à l’angle de la rue du Ruissel construite vers 1470-1480, devenue le Musée national de l’éducation.
 



Musée de l’éducation : Rue Eau-de-Robec, Rouen

Du côté de la fiction

Charles fréquente le collège de Rouen et sa mère a décidé de lui trouver une chambre en ville.
« Sa mère lui choisit une chambre, au quatrième, sur l’Eau-de-Robec, chez un teinturier de sa connaissance. Elle conclut les arrangements pour sa pension, se procura des meubles, une table et deux chaises, fit venir de chez elle un vieux lit en merisier, et acheta de plus un petit poêle en fonte, avec la provision de bois qui devait chauffer son pauvre enfant. Puis elle partit au bout de la semaine, après mille recommandations de se bien conduire, maintenant qu’il allait être abandonné à lui-même. » (Madame Bovary, première partie, chapitre 1)  

« Dans les beaux soirs d’été, à l’heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes jouent au volant sur le seuil des portes, il ouvrait sa fenêtre et s’accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis au bord, lavaient leurs bras dans l’eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton séchaient à l’air. En face, au-delà des toits, le grand ciel pur s’étendait, avec le soleil rouge se couchant. Qu’il devait faire bon là-bas ! Quelle fraîcheur sous la hêtraie ! Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu’à lui. » (Madame Bovary, première partie, chapitre 1)