Flaubert dans la ville

Gaspard Lieb

Gaspard Lieb


Gaspard Lieb est né à Créteil en 1975, il vit et travaille en Normandie. Des études de philosophie et d’esthétique l’amènent à enseigner la philosophie et à écrire des textes et catalogues pour divers artistes. Après un passage aux Beaux-Arts de Rouen, il prend le nom de Gaspard Lieb et commence à coller sur les murs des figures poétiques, proposant ainsi des rencontres urbaines éphémères. Il s’agira donc de peupler la ville de personnages afin de créer des rencontres poétiques au détour des rues. Les œuvres auront la forme d’affiches découpées et collées sur les murs de la ville, sur des panneaux d’affichage publics ou publicitaires. Chacune sera accompagnée d’une phrase ou d’un court texte référencé, afin de disperser des traces de littérature sur les murs. Les formats seront divers (du très petit format qu’on découvre dans un recoin, aux personnages à l’échelle réelle).

 

Flaubert : le danseur-géomètre

Rouen est empreinte d’histoire littéraire et les livres de Flaubert fourmillent de lieux connus des rouennais. L’auteur a laissé des traces dans l’imaginaire des lecteurs, et changé parfois notre regard. Il s’agit pour nous d’imprimer la littérature sur la rétine du passant, de la rendre visible et vivante, en faisant apparaître Flaubert, ses mots, son visage ou même des chimères librement inspirées d’extraits de son œuvre.
L’intention de ce travail est donc de peupler la ville de personnages afin de créer des rencontres poétiques au détour des rues. Les œuvres auront la forme d’affiches découpées et collées sur les murs de la ville, du Muséum d’histoire naturelle ou de la faculté de lettres de Rouen. Chacune sera accompagnée d’une phrase ou d’un court texte référencé. Il s’agit de faire voir autant que de faire lire et peut-être d’amener le passant, une fois rentré chez lui, à relire ou rechercher les mots de cet auteur qu’il aura rencontré là par surprise.

Le projet de « Flaubert dans la ville » initié par Sandra Glatigny m’a semblé s’inscrire dans cette volonté de réduire l’écart entre l’art et la vie, en remettant l’art dans la vie, c’est-à-dire dans les rues de la ville, dans notre environnement quotidien. Or ce que motive l’affichiste ou tout artiste urbain, c’est peut-être cette envie de « lutter contre la conception ultra-aristocratique que l’on a de nos jours de l’art et de la vie intellectuelle », comme l’écrivait André Breton à Jacques Doucet, mais surtout l’envie de retrouver une pratique artistique vivante, en faisant un acte dans la vie réelle et non simplement derrière sa table à dessin, et en proposant à des inconnus des images, souvent modestes, belles ou pour rire, mais toujours éphémères. La littérature s’enseigne dans les amphithéâtres, la poésie se fait décortiquer aux scalpels d’analyses mortifères, les peintures sont exposées aux yeux de ceux qui ont le temps de rentrer dans les musées et galeries. On doit s’extraire du monde pour aller à la rencontre de l’art, dans un lieu séparé, dans un temple fermé. Là, il s’agit d’aller à la rencontre des gens, en s’inscrivant dans l’espace public, en allant rompre le quotidien. Tailler des brèches poétiques dans le monde. Donner de la littérature dans la rue et, par l’image, créer un décalage dans le paysage urbain, un étonnement, petite joie de la rencontre fortuite, de la surprise heureuse, quand on tombe nez à nez avec un brin de poésie.
C’est pourquoi nous collerons des affiches non pas à des fins politiques ou publicitaires, (Flaubert n’étant ni un parti politique ni une marque de frigidaire) mais pour jouir de la littérature.

On a souvent l’image d’un Flaubert acharné du style, de la forme objective, pour qui « la phrase la plus simple a pour le reste une portée infinie » (lettre à Louise Colet, 13 septembre 1852). Ce style est celui d’un artisan génial mais n’est pas celui de sa corde intérieure : « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonhommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit » écrit-il à Louise Colet le 16 janvier 1852 à propos de L’Éducation sentimentale. Et lorsqu’il travaillera Madame Bovary, il ajoutera : « Cela est long, trois ans passés sur la même idée, à écrire du même style (de ce style-là surtout, où ma personnalité est aussi absente que celle de l’empereur de la Chine)… » (lettre à Louise Colet, 18 avril 1854).
Ainsi je me suis essentiellement intéressé à ses écrits de jeunesse (Agonies. Angoisses, à ses Souvenirs, notes et pensées intimes…), à ce Flaubert encore romantique, lyrique et écorché comme la jeunesse, mais qui déjà reconnait la grandeur de la géométrie littéraire. « L’art dramatique est une géométrie qui se parle en musique. Le sublime dans Corneille et dans Shakespeare me fait l’effet d’un rectangle. La pensée se termine en angles droits » (Souvenirs, notes et pensées intimes [fo 16ro]). Ce sont ces fulgurances poétiques de Flaubert qu’il me semblait opportun de mettre dans la rue, de faire lire. J’ai également beaucoup puisé dans sa Correspondance, riche elle aussi de poésie et de vie : « La vie ! la vie ! bander, tout est là ! C’est pour cela que j’aime tant le lyrisme » (lettre à Louise Colet, 15 juillet 1853).
C’est cette double figure du danseur-géomètre qui a inspiré beaucoup des illustrations présentées ici, celle du jeune homme qui « aurait voulu simplement être une belle danseuse » (Souvenirs, notes et pensées intimes [fo 14vo]) et celle du créateur de Bovary qui affirmait que « La poésie est une chose aussi précise que la géométrie » (lettre à Louise Colet, 14 août 1853).

Gaspard Lieb


Lieux du parcours

1. Musée Flaubert et d’histoire de la médecine

 « Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs.

4. Place des Carmes

 « Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs, en l’occurrence sur le socle de la statue.

5. Rue Eau-de-Robec

« Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs.
   

6. Lycée Pierre Corneille

« Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs.

7. Muséum de Rouen

« Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs de l’ancienne faculté de médecine dans le jardin du Muséum d’histoire naturelle qui fut administré par Félix-Archimède Pouchet.

10. Opéra de Rouen – Théâtre des Arts

« Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même le socle de la statue.

Du campus à la cité (campus des Lettres et Sciences Humaines de Mont-Saint-Aignan)

« Rencontres urbaines »
Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs des bâtiments du campus.