Flaubert dans la ville

Hastaire et « Flaubert en ses couleurs »

Hastaire (www.hastaire.com) et « Flaubert en ses couleurs »

Hastaire est né à Paris en 1946. Peintre, essayiste, poète et photographe, il compte plusieurs centaines d’expositions personnelles et collectives en différents espaces (galeries, musées, centres d’art contemporain) en Europe, U.S.A., Canada, Japon ou en Corée : Palais de Tokyo, FEMIS (Paris), Musée Goya (Castres), Musée Rimbaud / Musée de l’Ardenne, Musée d’Art contemporain de Dunkerque, Paris-Séoul, France / Japon, La Galerie (Oslo), L’Embarcadère (Montceau), Galerie Meyer Le Bihan (Paris, 2004, 2006, 2009), Transgressions Renoma (Paris, 2006), Shanghai (Pavillon français, rétrospective 2010). Son œuvre est également présente ou a été présentée dans la plupart des foires d’art internationales.
Auteur d’ouvrages sur des thèmes qui inspirent sa peinture, comme les mythologies, la poésie et la peinture elle-même, Hilaire Hastaire a écrit Flaubert en ses couleurs, en 2008. Proposant des textes et évocations visuelles, il offre alors à Flaubert des habits neufs et livre sa passion pour l’œuvre du romancier et son univers. Dans le cadre de « Flaubert dans la ville », les images de Flaubert seront confrontées aux lieux de vie de l’auteur, permettant d’immerger le passant à la fois dans l’univers du peintre et dans celui de Flaubert lui-même.

Un romancier haut en couleurs, par Hastaire

Gustave (on se fréquente depuis si longtemps…), romancier haut en couleurs par son verbe si juste, si fort gueulé afin de trouver son exacte tonalité, brosse et brasse large des infinis détails qui jamais ne trahissent l’essentiel de son ouvrage. Son talent hors du commun subjugue des artistes de tous bords, en premier lieu les peintres le saluant comme un rival redoutable.
« Moi vivant jamais on ne m’illustrera… Je refuse formellement toute forme d’illustration. » Je n’ai pris connaissance de ce mot d’humeur particulièrement « décidé » de Gustave Flaubert qu’en 2006 (dans Le Monde du 20 octobre 2006). L’illustration aura pallié heureusement l’analphabétisme pendant longtemps. Les images – tableaux, vitraux, sculptures, décorations murales ‒ donnaient sens à ceux, les plus nombreux, qui ne savaient ni lire la Bible, les Évangiles, la vie des saints… Par définition, ceux qui achètent des livres, les lisent. Un lecteur attentif à l’art du romancier sait que ce dernier considérait l’illustration comme superflue, superfétatoire, parasitaire. En 1987, j’avais écrit un petit ouvrage sur Baudelaire : Les Phares, dans lequel j’exprimais mon sentiment envers l’illustration, ce « caprice de bibliophiles », et notamment concernant l’œuvre de Flaubert, soulignais-je. En l’absence de cuistrerie, je ne me citerai pas in extenso, mais il me souvient avoir terminé par un violent : « La lecture s’adresse à un imaginaire que des images ne peuvent imaginer. » Car enfin ! La détestation de l’écrivain pour toute illustration le concernant est légitime : cette dernière infirmant au plus au point ce que son talent s’évertue, se tue à exprimer, malgré certaines descriptions qui, à l’aune des modes d’aujourd’hui, nous apparaissent parfois « maniaques », bien qu’admirables : la casquette de Charles, par exemple.
Gustave Flaubert a raison : Emma doit rester un personnage de roman, tous doivent se l’apprivoiser, s’en faire une image particulière. Bref, la rêver. Il y a autant d’images, de représentations d’Emma qu’il y a de lecteurs. C’est ce qu’impérativement désire le romancier. Elle est un personnage de fiction et doit le rester : c’est la force de conviction du romancier en son imaginaire qui est ici en jeu.
Peintre, je ne suis pas dupe de ce que suppose l’avers de cette médaille en son revers. Les textes critiques écrits sur la peinture en particulier, les arts en général, rendent comptent avec plus ou moins de bonheur de la consistance d’une œuvre. Un texte en sa lucidité peut parfois révéler quelque chose d’une toile, d’une sculpture. Mais toutes approches confondues, psychologiques, phénoménologiques, marxistes, structuralistes, sociologiques, psychanalytiques, ne peuvent prétendre les approcher que de façon parcellaire : ce sont des éclairages, jamais la lumière. Et c’est tant mieux : le commentaire sur l’art est ce que la théologie est à la foi.
Le romancier, en son exceptionnelle intelligence et sa grande culture, avait saisi le fait que l’illustration en son inutilité, son parasitage, relevait d’une routine éditoriale. Sa vigilance aura été une sentinelle nécessaire : illustrer vient de lustrare : éclairer. En quoi ces héros de roman, ces paysages, ces situations si magistralement dépeints auraient-ils besoin d’autres éclairages hormis celui apporté par ses soins ?
Flaubert a su donner un style qui manquait au génie de Balzac et annoncer celui de Proust. « L’idiot de la famille » est le chaînon essentiel de la littérature occidentale de la deuxième moitié du XIXe siècle.
À Rouen, l’image de l’écrivain, avec le temps est associée à différentes constructions : pont, avenue, place, centre commercial… La synecdoque ici menace : Flaubert est d’abord un immense écrivain.

PS. À quel titre les artistes, les peintres plasticiens tout particulièrement négligeraient-ils Flaubert au motif que lui-même ne s’est pas ou si peu intéressé à leur pratique ? Renversons le postulat : quels artistes en dehors de certains, lettrés, se sont souciés outre mesure de la littérature 

Hastaire


Lieux du parcours

1. Musée Flaubert et d’histoire de la médecine

« Flaubert en ses couleurs »
Portraits de Caroline et d’Achille-Cléophas, les parents de Flaubert, impressions sur bâche, infographies retouchées. Installation dans les vitrines du Musée (dimensions : 2 x 115 x 175 cm).

2. Palais de Justice (Place Foch)

« Flaubert en ses couleurs »
La censure, impression sur bâche, infographies retouchées à la peinture. Dimensions : 130 x 520 cm.

4. Place des carmes

« Flaubert en ses couleurs »
Loulous didactiques, impressions sur bâche, infographies retouchées à la peinture, suspendues aux branches des arbres. Composition mêlant les titres des œuvres de Flaubert et les « portraits de Loulou », de dimensions et de coloris variés : de 20 cm/30 cm à 60 cm/80 cm environ.

7. Muséum de Rouen et quartier Beauvoisine

« Flaubert en ses couleurs »
Loulou le Perroquet, impression sur bâche, infographie retouchée à la peinture, tendue par des filins accrochés aux grilles. Dimensions : 260 x 260 cm.

8. Fontaine et buste de Louis Bouilhet

« Flaubert en ses couleurs »

L’encrier Crapaud, infographie retouchée à la peinture, installée dans la vitrine du Musée des Beaux-Arts, à gauche de la fontaine. Dimensions : 115 x 175 cm.

10. Opéra de Rouen – Théâtre des Arts

« Flaubert en ses couleurs »
Évocation d’Emma, impression sur bâche, infographie retouchée à la peinture. Dimensions : 600 x 130 cm.

12. Pavillon de Croisset, à Canteleu

« Flaubert en ses couleurs »
Portrait de Flaubert, impression sur bâche, infographie retouchée à la peinture. Dimensions : 130 x 220 cm.

Du campus à la cité (campus des Lettres et Sciences Humaines de Mont-Saint-Aignan)

« Flaubert en ses couleurs »
Portrait de Flaubert, impression sur bâche, infographie retouchée, fixée sur la façade de la Maison de l’Université, tendue par des filins. Dimensions : 300 x 250 cm.