Flaubert dans la ville

3. Cathédrale Notre-Dame de Rouen

L’ESSENTIEL

Le regard contemporain des artistes

« Corpsetait », Jennifer MacKay

La demande d'autorisation d'exposer cette œuvre ayant été refusée par la DRAC, vous pourrez tout de même la découvrir dans la vitrine de l'atelier de l'artiste, au 160 rue Beauvoisine.

Manipulation et transformation d’un corset dénommé « Sangles en mains croisées » provenant de chez Caviro candau corsets situé rue Grand-Pont depuis 1826. Chemise de nuit couleur chair, dénichée chez Marie et Joseph Trotta, rue Beauvoisine. 20 heures de travail brut, du patron au montage final, 400 mètres de fil rose, 2 heures de contemplation et de filage de perles à agencer sur le cœur, 5 piqûres saignantes d’aiguille au pouce et à l’index, 2 taches de sang dans un revers du corset…

La pérennité du patrimoine flaubertien

Du côté de la réalité

Flaubert, à l’exception de deux enterrements, fait peu mention de la cathédrale dans sa correspondance.

Du côté de la fiction 

Dans Madame Bovary, Emma et Léon se donnent rendez-vous dans la cathédrale ; une scène étonnante qui marquera le début de leurs rencontres à Rouen. La cathédrale apparaît également dans deux des Trois contes : Flaubert s’est inspiré d’un vitrail pour écrire La Légende de saint Julien l’Hospitalier, ainsi que du tympan du portail Saint-Jean pour la danse de Salomé dans Hérodias.

EN SAVOIR PLUS

Du côté de la réalité

Correspondance

« Hier il a fallu se lever avant six heures pour aller à 3 lieues d’ici, à la campagne, à l’enterrement de Fauvel, ce cousin de ma mère dont je t’ai parlé, qui est mort en Afrique. J’ai avalé deux messes, une à la cathédrale de Rouen d’abord, puis là-bas à Pissy. »

Lettre à Louise Colet, 18 juillet 1852
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/lettres/52f.html

« J’oubliais une anecdote qui va vous faire plaisir : vendredi dernier, étant à la cathédrale de Rouen pour un enterrement, un employé des pompes funèbres m’a appelé : “Monsieur l’abbé”, jugeant d’après ma calotte de soie et ma douillette que j’appartenais à l’église. Je prends le chic ecclésiastique, maintenant !!! »

Lettre à Léonnie Brainne, 30 décembre 1878
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/lettres/78c.html

Du côté de la fiction

Madame Bovary, le rendez-vous entre Emma et Léon

« C’était par un beau matin d’été. Des argenteries reluisaient aux boutiques des orfèvres, et la lumière qui arrivait obliquement sur la cathédrale posait des miroitements à la cassure des pierres grises ; une compagnie d’oiseaux tourbillonnaient dans le ciel bleu, autour des clochetons à trèfles ; la place, retentissante de cris, sentait les fleurs qui bordaient son pavé, roses, jasmins, œillets, narcisses et tubéreuses, espacés inégalement par des verdures humides, de l’herbe-au-chat et du mouron pour les oiseaux ; la fontaine, au milieu, gargouillait, et, sous de larges parapluies, parmi des cantaloups s’étageant en pyramides, des marchandes, nu-tête, tournaient dans du papier des bouquets de violettes. […]
La nef se mirait dans les bénitiers pleins, avec le commencement des ogives et quelques portions de vitrail. Mais le reflet des peintures, se brisant au bord du marbre, continuait plus loin, sur les dalles, comme un tapis bariolé. Le grand jour du dehors s’allongeait dans l’église en trois rayons énormes, par les trois portails ouverts. De temps à autre, au fond, un sacristain passait en faisant devant l’autel l’oblique génuflexion des dévots pressés. Les lustres de cristal pendaient immobiles. Dans le chœur, une lampe d’argent brûlait ; et, des chapelles latérales, des parties sombres de l’église, il s’échappait quelquefois comme des exhalaisons de soupirs, avec le son d’une grille qui retombait, en répercutant son écho sous les hautes voûtes. »

Madame Bovary, III, 1

Le vitrail en rapport avec La Légende de saint Julien l’Hospitalier


Vitrail de Saint Julien l’Hospitalier © Wikipédia

La Légende de Saint Julien l’Hospitalier se clôt ainsi :
« Et voilà l’histoire de saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays. »
« Je lui [à son éditeur, Georges Charpentier] avais montré et moi-même apporté le dessin en question, celui du vitrail de la cathédrale de Rouen, auquel la dernière ligne de Saint Julien renvoie le lecteur. Ce n’était pas bien difficile à découvrir. »

Lettre à Marguerite Charpentier, novembre 1878
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/lettres/78c.html

« Je désirais mettre à la suite de Saint Julien le vitrail de la cathédrale de Rouen. Il s’agissait de colorier la planche qui se trouve dans le livre de Langlois, rien de plus. Et cette illustration me plaisait précisément parce que ce n’était pas une illustration, mais un document historique. En comparant l’image au texte on se serait dit : “Je n’y comprends rien. Comment a-t-il tiré ceci de cela ?” »

Lettre à Georges Charpentier, 16 février 1879
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/lettres/79b.html

La légende initiale illustrée par le vitrail (cliquable morceau par morceau) :
http://www.cathedrale-rouen.net/patrimoine/expositions/vitraux/st_julien/saint_julien.htm

Le tympan du portail Saint-Jean, en rapport avec Hérodias


Tympan du portail Saint-Jean © Wikipédia

« Je suis malade de la peur que m’inspire la danse de Salomé ! Je crains de la bâcler. »

Lettre à sa nièce Caroline, 28 janvier 1877
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/lettres/77a.html

Extrait de la danse de Salomé

« Elle dansa comme les prêtresses des Indes, comme les Nubiennes des cataractes, comme les bacchantes de Lydie. Elle se renversait de tous les côtés, pareille à une fleur que la tempête agite. Les brillants de ses oreilles sautaient, l’étoffe de son dos chatoyait ; de ses bras, de ses pieds, de ses vêtements jaillissaient d’invisibles étincelles qui enflammaient les hommes. Une harpe chanta ; la multitude y répondit par des acclamations. Sans fléchir ses genoux en écartant les jambes, elle se courba si bien que son menton frôlait le plancher ; et les nomades habitués à l’abstinence, les soldats de Rome experts en débauches, les avares publicains, les vieux prêtres aigris par les disputes, tous, dilatant leurs narines, palpitaient de convoitise.
Ensuite elle tourna autour de la table d’Antipas, frénétiquement, comme le rhombe des sorcières ; et d’une voix que des sanglots de volupté entrecoupaient, il lui disait :
– Viens ! viens !
Elle tournait toujours ; les tympanons sonnaient à éclater, la foule hurlait.
Mais le Tétrarque criait plus fort :
– Viens ! viens ! Tu auras Capharnaüm ! la plaine de Tibérias ! mes citadelles ! la moitié de mon royaume !
Elle se jeta sur les mains, les talons en l’air, parcourut ainsi l’estrade comme un grand scarabée ; et s’arrêta, brusquement.
Sa nuque et ses vertèbres faisaient un angle droit. Les fourreaux de couleur qui enveloppaient ses jambes, lui passant par-dessus l’épaule, comme des arcs-en-ciel, accompagnaient sa figure à une coudée du sol. Ses lèvres étaient peintes, ses sourcils très noirs, ses yeux presque terribles, et des gouttelettes à son front semblaient une vapeur sur du marbre blanc. »