Flaubert dans la ville

Du campus à la cité

Du campus à la cité
17 avril-17 juillet 2015

Installations artistiques sur le campus des Lettres et Sciences Humaines de Mont-Saint-Aignan

« Le boudoir d’Emma » dans le « bocal » de la Maison de l’Université

Jennifer MacKay (http://majane.canalblog.com/)

Diplômée d’arts plastiques, Jennifer MacKay travaille sur la prise de conscience entre le réel et le rêve. De 2010 à 2013, elle a permis au public de découvrir « ses pages d’écriture » dans un ancien salon de toilettage pour chien, rue Beauvoisine à Rouen. Désormais, elle l’accueille au 160, rue Beauvoisine, pour de nouvelles expérimentations plastiques. Son processus de création est comme une bobine de fil qu’elle déroule, un détail en amenant un autre, un matériau une nouvelle installation. « Son laboratoire d’humeur et de larmes » né de la collecte d’ex-voto, expressions d’une multitude de sensations physiques et psychiques présente des installations rattachant des objets médicaux à la mystique du corps et de l’âme. Elle propose de mettre en scène dans la rue les « humeurs » de Flaubert et de certains de ses personnages.

« Le Boudoir »

À mon sens, le dessin et l’écriture s’inscrivent dans une mécanique de création artistique similaire. Tous deux procèdent d’une élaboration mentale avant la mise à plat : recherche en amont du sujet ou de la préoccupation thématique, plan ou organisation du déroulement, brouillon, esquisses, accumulation d’essais ou de notes, références, questionnement, action et déroulement du geste : s’engouffrer, se tapir à l’intérieur de soi, s’isoler pour parvenir à extirper la pensée, l’histoire, la trame…..
De la page blanche, il faut partir d’une sensation ou une idée pour arriver à la confrontation au public, à la critique… s’exposer, prendre le risque ?
Cependant, l’écrivain possède le pouvoir des mots, en quelques descriptions, en quelques phrases ou quelques pages, la scène est plantée, le caractère tracé et défini dans toute sa complexité humaine. Le lecteur y prend ce qu’il a envie de prendre, ce dont il a besoin, ce qu’il peut comprendre y adjoint son interprétation. Chacun recrée par la suite des nuances, des souvenirs, voire des odeurs et des sons, à l’évocation de tel ou tel livre, roman, recueil.
L’artiste, le peintre, le plasticien, lui, agit dans un cadre : la toile, la feuille, un espace. Il conditionne, donne sa version, sa vérité. Il joue avec son interprétation ou celle qui lui a été transmise.
À 15 ans, on m’a donné à lire Madame Bovary, de Flaubert. Vague souvenir nauséeux d’une lecture imposée, se passant à une époque lointaine, avec pour héroïne une hystérique épousant un balourd, le trompant avec un mufle et ensuite un puceau. Interprétation ancrée dans la tête d’une adolescente pleine de convictions.
En 2013, je reprends ma lecture de Madame Bovary. Que s’est-il passé ? J’ai 37 ans, je comprends Emma, je me retrouve en elle, ou bien je la rejette au gré des chapitres. Elle fait partie de moi…
De manière intempestive, Flaubert réussit à mes yeux à décrire les états successifs et paradoxaux d’une femme, il pousse à l’excès les descriptions des changements hormonaux qu’il a déguisés en états d’âme : la frustration, l’envie, le désir, l’amour, l’aveuglement, la mort…
Interprétation d’une interprétation.
Au défi maintenant de traduire, d’écrire visuellement, l’idée, les images que m’évoque une des versions féminines littéraires patrimonial, non ? Après s’être laissée pénétrer par Emma, il s’agit d’entrer dans son intimité, voire dans sa chair, de tenter de suivre les méandres de son flux nerveux, la palpitation de son cœur facile à l’émoi.
J’ai été tentée d’appeler ces dessins scénarisés, « L’autopsie d’Emma », car c’est un peu ce que je vais faire… Mais j’entends souvent les froufrous d’Emma quand j’ouvre le livre, mon ouïe aura choisi « Le Boudoir » pour les secrets du cœur que chacune garde en elle.

Jennifer MacKay


 

Sur les murs de la Maison de l’Université

Hastaire (www.hastaire.com) est né à Paris en 1946. Peintre, essayiste, poète et photographe, il compte plusieurs centaines d’expositions personnelles et collectives en différents espaces (galeries, musées, centres d’art contemporain) en Europe, U.S.A., Canada, Japon ou en Corée : Palais de Tokyo, FEMIS (Paris), Musée Goya (Castres), Musée Rimbaud / Musée de l’Ardenne, Musée d’Art contemporain de Dunkerque, Paris-Séoul, France / Japon, La Galerie (Oslo), L’Embarcadère (Montceau), Galerie Meyer Le Bihan (Paris, 2004, 2006, 2009), Transgressions Renoma (Paris, 2006), Shanghai (Pavillon français, rétrospective 2010). Son œuvre est également présente ou a été présentée dans la plupart des foires d’art internationales.

Auteur d’ouvrages sur des thèmes qui inspirent sa peinture, comme les mythologies, la poésie et la peinture elle-même, Hilaire Hastaire a écrit Flaubert en ses couleurs, en 2008. Proposant des textes et évocations visuelles, il offre alors à Flaubert des habits neufs et livre sa passion pour l’œuvre du romancier et son univers. Dans le cadre de « Flaubert dans la ville », les images de Flaubert seront confrontées aux lieux de vie de l’auteur, permettant d’immerger le passant à la fois dans l’univers du peintre et dans celui de Flaubert lui-même.

 

Sur les murs de la bibliothèque

Gaspard Lieb, (gaspardlieb.blog.free.fr) est né à Créteil en 1975, il vit et travaille en Normandie. Des études de philosophie et d’esthétique l’amènent à enseigner la philosophie et à écrire des textes et catalogues pour divers artistes. Après un passage aux Beaux-Arts de Rouen, il prend le nom de Gaspard Lieb et commence à coller sur les murs des figures poétiques, proposant ainsi des rencontres urbaines éphémères.

« Rencontres urbaines »

Collages de dessins accompagnés de citations créant une exposition à même les murs des bâtiments du campus.


Rouen est empreinte d’histoire littéraire et les livres de Flaubert fourmillent de lieux connus des rouennais. L’auteur a laissé des traces dans l’imaginaire des lecteurs, et changé parfois leur regard. Il s’agit pour nous d’imprimer la littérature sur la rétine du passant, de la rendre visible et vivante, en faisant apparaître Flaubert, ses mots, son visage ou même des chimères et des figures humaines librement inspirées d’extraits de son œuvre. Pour faire écho à l’exposition urbaine, il se propose de coller certaines de ses œuvres sur le campus des Lettres et Sciences Humaines.