Flaubert dans la ville

Emma Bovary à l’Opéra de Rouen – Exposition par Damien Dauge

« Emma Bovary à l’Opéra de Rouen »

Exposition par Damien Dauge

Exposition sur les murs de ses salons Figaro et Carmen du 17 avril au 2 mai puis du 21 mai au 12 juin 2015, visible aux heures de représentation et lors de visites commentées avec les associations des Amis du Musée Flaubert et d’histoire de la médecine et les Amis de Flaubert et Maupassant. L'exposition sera en accès libre le samedi 18 avril, lors de la rencontre « Flaubert vu par les écrivains contemporains ».

L’opéra

[Lettre inédite de Gustave Flaubert]

Cimetière monumental, [sans date]

     Cher spectateur,
  Regardez autour de vous. Avez-vous oublié la description que j’ai faite de l’Opéra de Rouen dans Bovary ? J’ai le sentiment que tout est comme autrefois. Dans les loges, cherchez discrètement une Emma qui sourit involontairement de vanité en voyant la foule qui se précipite au poulailler, tandis qu'elle a poussé les larges portes de sa loge. C’est la même qui, quand elle s’assoit, se cambre la taille avec une désinvolture de duchesse. Dirigez maintenant votre regard vers ces abonnés qui, s'apercevant de loin, se font des salutations. Tendez l’oreille : ils viennent se délasser dans les beaux-arts des inquiétudes de la vente ; mais n’oubliant point les affaires, ils causent encore timing, deadline ou impactage.
  Oh ! et vous rêvez sûrement à ceux qui se pavanent sur la scène. Ecoutez bien le ténor, lui qu’on dit sublime dans le dernier acte. Un bel organe, un imperturbable aplomb ? Une admirable nature de charlatan, oui, où il y a du coiffeur et du toréador. Quant aux musiciens de l’orchestre, ils paraissent bien inoffensifs. Mais dès qu’ils s’accordent, ils exécutent des trémolos, des staccatos et des trilles pour attirer les yeux et trouver, à l’occasion, un jeune qui voudrait prendre quelques leçons en ville. Et l’un de vos voisins ajoute que la musique, finalement, nuit beaucoup aux paroles.
  Et vous y êtes encore, vous, chanteuse au jeu exagéré et qui criez trop fort, et vous, Rouennaise, qui à l’entracte jetez des cris de paon quand on renverse sur vos épaules, dans la cohue des foyers, les trois quarts de ce verre qu’on a peiné à obtenir.
  Mais enfin, avouons-le, nous avons tous cette faiblesse : l’amour c’est comme l’opéra, on s’y ennuie mais on y retourne.

Votre Gustave



Aquarelle de Pierre Brissaud dans Madame Bovary, Paris, Le Livre, 1921, p. V. Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen.
Avec l’aimable autorisation des ayant-droits de l’artiste.

Mise en abîme iconographique de la vie musicale d’Emma Bovary à Rouen. Elle se propose de revenir sur le lieu d’une scène importante dans Madame Bovary, et de donner à voir les multiples représentations qui en ont été données dans les illustrations et adaptations du roman de Flaubert.

 


Extrait de Madame Bovary, opéra d’Emmanuel Bondeville
(écouter l’extrait)

Le piano

À voir également « Esplanade Duchamp » :
À partir du 17 avril 2015 : « Ici, Emma Bovary n’a jamais pris de leçon de piano ». L’une des adresses les plus précises qui soient données dans le texte définitif de Madame Bovary est celle du professeur de piano avec qui Emma, en réalité, ne prendra jamais de leçon. La pancarte placée rue Jean Lecanuet (esplanade Duchamp) déroute le passant, comme le lecteur : plus la référence est précise, plus la fiction brouille les pistes ?
 

© Adagp, Paris 2015
Eau-forte de Michel Ciry pour l’édition de Madame Bovary, Paris, J. Porson, 1947, p. 361.